{Billet Guest} – Survivre à un viol à 16 ans

Par Beautylicieuse | le 13 mars 2016
femme-violée


* Article rédigé par Marine

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et c’est beau. C’est beau parce que la vie va. Parce que les nuits parisiennes m’enflamment. Parce que les journées entres amis défilent et les soirées à se torcher sur Beyonce s’enchaînent. C’est beau aussi parce qu’il y a cette impression d’être libre, que plus rien ne me retiens. Je peux tout faire, être n’importe qui, rien ne compte, rien n’est important. Il y a aussi une certaine poésie, je ne le sais pas mais à ce moment là, je touche le bonheur. C’est un peu le graal de ma vie d’ado.


J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et je découvre les copines, les garçons, la fête, les sorties… Je découvre la vie. J’apprécie les après-midi entres filles et les soirs de printemps à parcourir les rues parisiennes. Je commence aussi a apprécier les garçons, à sentir que je plais et je m’en amuse. Je voudrais toujours plus et je pense qu’il y a mieux.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et même si rien ne me fait peur, tout m’effraie. Ma vie s’effondre au détour d’une conversation entre copines. Puis l’instant suivant, je me sens capable de conquérir le monde. Je me sens entourée et aimée puis seule et désespérée. Je touche les extrêmes, je rebondis, j’oscille et j’y trouve une jouissance.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et dans cette jouissance je trouve une identité. Je trouve une identité car pour une fois j’ai l’impression d’être enfin moi. J’arrive à me regarder dans la glace sans me donner la gerbe. J’ai confiance en moi et je me fous du monde.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et on se bourre la gueule entre copines. On se bourre la gueule et on hurle sur les chansons d’High School Musical, persuadées de revivre notre enfance. On se bourre la gueule et on se dehanche toute la nuit accrochées l’une à l’autre pour être sûre de ne pas tomber. On se bourre la gueule et mon dieu ce qu’on aimerait coucher, faire l’amour toute la nuit. On se bourre la gueule et voilà qu’on se souvient plus de notre soirée.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et l’après-midi on roule un joint. On roule un joint entre nos petits doigts d’ado. On roule un joint, étalées au soleil en rêvant aux voyages et à la vie. La fumée sort de nos poumons au son de nos envies. Ici, les nuits sont trop rapides et la vie me paraît trop courte. Défoncée, je crie mon adolescence et je ris la vie.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et ma chair brûle. Je brûle à l’intérieur. J’ai mal. J’ai peur. Rien n’a plus de sens et je tente de m’accrocher aux restes de mon être. À l’intérieur c’est foutu. C’est foutu et je me retrouve face a un monde sombre, dépourvus de sens. Les nuits deviennent alors interminables et la vie trop longue.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et il m’a abîmée. Cette fois ci, c’était pas les autres. C’était moi et il m’a tout pris. Il m’a bouffer jusqu’aux os. Je le sens encore. Il est là, il est partout. Je ne le vois pas et pourtant je le sens. Il m’a enlevé ce qu’une femme a de plus marquant dans une vie, sa première fois. Il a pris ce que l’homme a de plus honorable, le choix. Ce soir là, en même temps que mes sens, il a pris ma première fois et mon choix.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et je suis vide. Je ne ressens rien. Je suis alors face à un mur. J’ai envie d’hurler ma haine et de vomir ma colère. J’en veux a la terre entière. Il n’y a plus de futur, plus d’envis et plus de projets.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et je me défonce. Je me défonce, non plus pour m’amuser, mais pour supporter. Je m’entaille les veines autant que je m’abîme le cœur. Mon corps est dépourvu de sensations. J’ai ce besoin vital de me sentir vivante. J’ai cette putain de haine qui me bouffe.

J’ai 16 ans. J’ai 16 ans et personne ne comprend. Personne ne sait la douleur que j’ai. Personne n’arrive a dicerner qu’au fond j’ai plus envie. Je me bats contre moi-même. Je me bats contre cette putain de soirée. Je tourne en rond et j’ai mal aux tripes. À quoi ça sert alors, si tout est vide ?

Aujourd’hui, j’ai bientôt 18 ans. J’ai bientôt 18 ans et quelques cicatrices. Les mois passent et les marques s’estompent. Elles ne disparaissent pas mais on apprend peu à peu à se panser et à repenser.

Aujourd’hui, j’ai bientôt 18 ans. J’ai bientôt 18 ans et le monde ne me paraît plus si horrible. Je recommence à envisager et à dévisager. Je me pose des questions et je nuance. Je ris et je pleure. Je danse, je sors, je bois, je souris, je veux et j’essaie. J’essaie puis je me trompe alors je recommence. Je recommence parce que rien n’est fatal et tout est possible.

Aujourd’hui, j’ai bientôt 18 ans. J’ai bientôt 18 ans et j’apprécie les petites choses tout en rêvant de grands moments. Marine

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