L’absence des femmes arabes dans le monde de la beauté et de la mode

Par Beautylicieuse | le 31 août 2016

IMAAN HAMMAM

Lorsque l’on consulte le Top 50 des mannequins du moment sur Models.com, le constat est le suivant : 5 mannequins asiatiques, 8 mannequins noirs/métissés, 36 mannequins caucasiens et enfin 1 mannequin arabe/maghrébin. Des chiffres qui, pour moi, ne devraient pas exister en 2016 dans le monde qu’est le nôtre. Ces résultats prouvent deux choses dont notre société a du mal à se dépêtrer :

  1. L’impression que les quelques mannequins noirs et asiatiques ne sont employés que par devoir de quotas et non pas par un réel et naturel devoir de représentation des différents types de beautés/de femmes
  2. Le rejet de représentation de la femme arabe/maghrébine malgré ce « devoir » du quota.
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Publicité Estée Lauder : Joan Smalls, Constance Jablonski et Liu Wen

* Qu’est-ce qui explique cette absence ??

  • La femme arabe/maghrébine est constamment associée à l’Islam

Il est vrai que le mot « amalgame » a été un chouia trop utilisé mais vu le sujet du jour, impossible de ne pas en parler aujourd’hui. Malheureusement dans notre société actuelle, les extrémistes liés aux divers attentats sont en permanence associés/amalgamés à l’Islam alors que je le rappelle aucune religion ne préconise la violence (on est d’accord) et osons le dire,  la femme arabe est elle-même continuellement associée à l’Islam, or qui dit arabe ne veut pas forcément dire musulman…et on peut parfaitement être femme – arabe – musulmane et non endoctrinée.

Même si on ne voit pas forcément le lien, ceci a un impact indéniable (je vous suggère de lire ce témoignage d’une amie ainsi que celui ci de l’une d’entre-vous, criant de vérité). Les marques/la mode craignent-elles de perdre une partie de leur clientèle si elles venaient à choisir une image de marque « bronzée » qui plus est largement amalgamée ?! Quoiqu’il en soit, peu sont celles qui osent franchir le pas !

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La mannequin tunisienne Hanaa Ben Abdesslem pour Lancôme en 2012

  • Les clichés de la femme arabe/maghrébine sont ce qui intéresse la société 
  1. La femme voilée
  2. La femme pirate

Ces deux clichés constamment rabâchés par la société d’aujourd’hui, collent éperdument à la peau de la femme arabe/maghrébine. Il faut dire que ces deux clichés sont les plus « sensationnels » et nous savons tous que pour vendre à la télé, comme dans les magazines qui sont en perte de vitesse, c’est le « sensat » qui cartonne. En bref, elle est souvent représentée comme une femme violentée (forcée de porter le voile, de rester à la maison…) ou violente (direction la Syrie !) : un portrait erroné et bien triste qui est dressé quotidiennement.

Et d’ailleurs on se rappelle de la controverse qu’il y avait eu en septembre 2015 autour de la campagne de la marque suédoise H&M pour leur deuxième ligne recyclée qui mettait en scène différents styles vestimentaires, dont celui d’une femme voilée. Certes, ceci est une stratégie marketing pour toucher une clientèle plus large mais c’est aussi un moyen très clair du géant suédois de montrer ses valeurs et son ouverture d’esprit. Tristement, la campagne avait conduit à une énorme polémique, notamment sur Facebook où des commentaires plus violents les uns des autres fusaient, et certains allaient jusqu’à dire qu’ils « boycotteraient » la marque suédoise pour avoir pris cette position.

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* Ces mannequins arabes qui ont su s’imposer 

  • L’orientalisme du XXème siècle : période regrettée

L’avenir de la femme arabe/maghrébine au sein de la mode avait pourtant bien commencé et fut même très prometteuse durant la période orientaliste. Cette vague orientale apparaît dans la deuxième moitié du XXème siècle avec comme précurseurs Yves Saint-Laurent passionné par le Maroc, et Azzedine Alaïa franco-tunisien considéré comme le dernier grand couturier. En 1976, YSL revisite la djellaba, détourne le jabador ou le saroual en les modernisant à sa façon. À l’époque sa passion pour les formes et les chromatismes maghrébins dérangent l’Occident, mais il reste un couturier adulé.

Côté mannequins : entre les années 80 et 90, Yasmine Le Bon (anglo-iranienne) et Farida Khelfa (franco-algérienne) font parties des mannequins les plus en vogue de la sphère fashion. Elles multiplient les contrats et sont les égéries des deux couturiers phares de l’époque.

Azzedine Alaïa & Farida Khelfa sous l'objectif de Jean-Paul Goude

Azzedine Alaïa & Farida Khelfa sous l’objectif de Jean-Paul Goude

  • Gigi & Bella Hadid : deux sœurs dont l’origine palestinienne est refoulée par le monde de la mode

La plupart l’ignore mais les sœurs Hadid sont bel et bien d’origine palestinienne par leur père Mohamed Hadid.  On ne pourrait se douter que Gigi (née en 1995) est d’origine palestinienne tant elle ressemble à sa mère, Yolanda Foster, qui est elle d’origine néerlandaise. Gigi est un stéréotype de la femme d’Europe du Nord : blonde, 1m78, les yeux bleus/verts, un petit nez et une bouche rosée. Le fait d’avoir un profil si caucasien lui a permis de commencer le mannequin dès l’âge de 3 ans pour la marque Guess.

Quant à Bella (née en 1996), il a été beaucoup plus difficile pour elle de percer dans le monde de la mode. Pourquoi ? Sûrement du fait de ses traits plus typés palestiniens que Gigi (ou pas !). À l’époque elle essaye le mannequinat sans grand succès comparé à sa sœur qui elle n’a jamais arrêté d’évoluer depuis l’âge de 3 ans. Bella rentre alors dans une période sombre car elle vit dans l’ombre de sa sœur et passe même par l’anorexie. Elle multiplie les rhinoplasties et en subira 7 au total (la septième et dernière alors qu’elle n’a que 17 ans…).

Petit à petit, elle commence à intéresser les agences et elle signe donc un contrat avec IMG Models en 2014 (coincidence ou pas, on ne saura jamais). Ayant intégré l’une des meilleures agences de mannequins du monde, la carrière de Bella se voit propulsée et d’ailleurs, elle vient d’être choisie comme égérie par la prestigieuse marque française Dior. Aujourd’hui les deux sœurs Hadid figurent parmi les 50 meilleurs mannequins femmes du monde sur le site officiel Models.com, mais cela peut-être au prix d’une origine « passée sous silence »…

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De gauche à droite : Gigi Hadid, Bella Hadid

  • Kenza Fourati : la mannequin tunisienne, musulmane et engagée

Bien qu’elle soit née à Lille le 2 février 1987, c’est en Tunisie que Kenza Fourati grandit. Après être diplômée d’un lycée d’enseignement français, Kenza décide de se lancer dans le mannequinat et de poursuivre en parallèle des études de littérature et de beaux-arts à la prestigieuse université de La Sorbonne à Paris. Aussi brillante dans ses études supérieures que dans le mannequinat, Kenza Fourati travaille rapidement pour les plus grands tels que Valentino, Jean-Paul Gaultier, Stella McCartney et j’en passe ! Elle multiplie les couvertures de grands magazines comme Vogue, Elle, GQ, etc…

Elle a été la première mannequin maghrébine musulmane à poser pour le légendaire magazine américain Sports Illustrated Swimsuit, connu pour ses couv’ ultra sexy . Ceci crée rapidement un débat au sein de la société tunisienne et à l’étranger autour de la question sur ce que représente le fait d’être musulman(e) et la variété dans la religion. Elle déclarera par la suite dans une interview à Global Grind : « J’ai grandi dans une culture musulmane, mais je peux aussi être une mannequin en maillot de bain ! Pourquoi les deux devraient être exclusifs ? Car ils ne le sont pas…je suis très encouragée par mes proches« .

En août 2011 elle apparaît en bikini sur la couverture du magazine tunisien Tunivisions, ce qui crée une fois de plus, la polémique. A travers son engagement et surtout son métier de modèle, celle qui revendique le fait d’être à la fois mannequin et de confession musulmane, n’a pas fini de faire parler d’elle.

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  • Imaan Hammam, l’étoile montante du mannequinat arabe/maghrébin

La petite protégée de la légendaire et éternelle Anna Wintour est justement le seul mannequin arabe/maghrébin figurant parmi le Top des 50 mannequins du moment. Née le 5 octobre 1996, à seulement 19 ans ce mannequin néerlandais aux origines marocaine et égyptienne est incontestablement l’espoir qui arrivera (je l’espère) à changer les choses.

Avec ses traits purement orientaux, elle ne fait pas partie de celles que l’on essaye parfois de faire passer pour des caucasiennes (contrairement à la mannequin tunisienne Nour Guiga). Élue mannequin de l’année par Couturesque Magazine alors qu’elle était en compétition aux côtés des non-moins célèbres Bella Hadid et Lucky Blue Smith, on ne peut que lui souhaiter un aussi joli chemin.

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* Et le milieu de la beauté dans tout ça ?!
Je ne peux terminer ce billet sans parler du milieu de la beauté. Le monde de la cosmétique est indéniablement limité aux profils caucasiens qui conservent une réelle suprématie face à quelques profils noirs et asiatiques. Quant aux profils arabes, ils en sont tout bonnement écartés. Cependant, la mannequin tunisienne Hanaa Ben Abdesslem crée la surprise en 2012 en devenant l’égérie de la marque française de cosmétiques et de parfums Lancôme.

Et pour en revenir à la petite Imaan Hammam, elle vient de décrocher un joli contrat d’égérie chez la marque japonaise de cosmétiques et produits de luxe de renommée internationale Shiseido . Elle pose donc sous l’objectif du grand Mario Sorrenti aux côtés de la mannequin américaine d’origine chinoise Asia Chow et de la hongroise Enikő Mihalik, pour la campagne « Rouge Rouge« .

Il est tout de même à noter que Ruba Abu-Nimah, nouvelle directrice artistique de Shiseido est elle-même une femme arabe et affirme vouloir ouvrir la marque sur le monde et les différentes beautés féminines qui le composent. On ne peut que saluer cette belle initiative !

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Cependant il ne faut pas oublier que l’acceptation de la femme arabe/maghrébine et des minorités dans sa globalité dans le monde de la mode et la beauté n’en est qu’à son commencement et qu’il y a encore un long chemin à parcourir

Et vous, que pensez-vous de la position de la femme arabe – et des minorités plus généralement – dans le monde de la mode et de la beauté ??

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