LADYBOSS – Elisabeth Bauchet-Bouhlal

Par Beautylicieuse | le 21 février 2019

Elisabeth Bauchet Bouhlal

Ce 5ème opus de Lady Boss sera consacré à la pétillante et incroyable Elisabeth Bauchet-Bouhlal. PDG et propriétaire du Es Saadi Marrakech Resort – dont je vous ai parlé 1001 fois – cette mécène, amatrice d’art et redoutable femme d’affaires n’a jamais eu peur de mettre les pieds dans le plat. En quelques décennies, celle qui s’est imposée dans un milieu ultra masculin à plusieurs milliers de kilomètres de chez elle, a fait du Es Saadi Resort, l’un des endroits les plus renommés au monde. Et si je vous racontais l’extraordinaire histoire de cette Ladyboss qui n’a peur de rien ?!

La première fois que je l’ai rencontrée, c’était il y environ deux ans, lors de mon tout premier passage au Es Saadi. J’ai tout de suite adoré son énergie et ce qu’elle dégageait. Elle respire la positivité. Par la suite, lors de mes différents séjours, j’ai continué à la découvrir, à toujours l’observer du coin de l’oeil et il y a quelque chose qui m’a toujours plu chez elle : son rapport à l’autre. Que vous soyez client, une célébrité (le Es Saadi en a vu passer hein, des Rolling Stones à Dakota Johnson) ou faisant parti du personnel …elle a toujours un petit mot gentil pour les gens. Ses collaborateurs parlent toujours d’elle avec beaucoup de tendresse et ça en dit long.

Quand j’ai créé cette rubrique, c’était une évidence pour moi et j’étais d’autant plus ravie qu’elle ait tout de suite accepté. J’aurai pu l’écouter durant des heures et des heures, elle est passionnante. Je ne vous en dis pas plus et vous souhaite une excellente lecture.

 

BONJOUR ELISABETH, COMMENT TOUT A COMMENCÉ ? QUELLE EST L’HISTOIRE DERRIÈRE LE ES-SAADI ?

En 1947, après la guerre, mon père – Jean Bauchet – rachète le Moulin Rouge et dirige le Lido. Tous les soirs, quand il était à Paris, le Glaoui, le Pacha de Marrakech dinait au Lido. Lors de leurs conversations, il lui disait toujours « Venez chez moi à Marrakech, il y a tellement à faire, vous aimerez« . Mon papa, très aventurier se rendit à Marrakech et là, c’est le coup de coeur ! Mes parents tombent amoureux de cette ville, cette lumière, la gentillesse des gens et ils décident d’y créer un casino et une salle de spectacle. En décembre 52, le casino ouvre ses portes.

C’est 14 ans plus tard, en décembre 1966, que l’hôtel Es-Saadi « le bienheureux » est inauguré. C’est le roi qui décide qu’on l’appelle ainsi. Cette même année, alors que je viens de terminer mes études de lettres et d’interprétation, que mon père me propose qu’on aille aux USA en famille, juste quelques mois avant l’ouverture. Un séjour enrichissant qui fera toute la différence. À notre retour, mon père me dit du tac au tac « Hors de question que tu travailles pour quelqu’un d’autre que la famille. Commence ici et au pire, si tu n’aimes pas l’hôtellerie, tu feras autre chose. » L’aventure me tente et je décide de me lancer. À l’époque, je forme les équipes et je m’occupe des clients. Tout se se passe très bien. J’avais envie de montrer à mes parents qu’ils pouvaient me faire confiance et que je pouvais faire des choses aussi extraordinaires qu’eux.

En septembre 1967, alors que je n’ai que 23 ans – mon père me nomme Directrice Générale de l’hôtel et du casino, suite au départ du Directeur de l’hôtel dont l’épouse ne supportait plus l’éloignement avec sa famille. Mes parents rentrent en France pour gérer les autres business familiaux et me laissent me débrouiller toute seule. C’est là que tout commence ! Je ne les remercierai jamais assez pour leur confiance notamment à cette époque où il était extrêmement rare de voir une (jeune) femme prendre un poste de direction.

 

QUEL EST LE PLUS GRAND DÉFI QUAND ON GÈRE UN HERITAGE, UN EMPIRE FAMILIAL COMME LE ES-SAADI RECONNU DANS LE MONDE ENTIER ? EST-CE DIFFICILE DE TRAVAILLER EN FAMILLE / COUPLE ?

Honorer cet héritage et perdurer ! Mon père m’a toujours soutenue et me traitait comme un fils. Il a été mon mentor, il m’a toujours poussé. J’avais des responsabilités et je les assumais. Pour la petite anecdote, il a toujours exigé que je signe de mon nom en entier « Le Directeur Général – Elisabeth Bauchet.« 

Mon mari Jamil Bouhlal, ingénieur et entrepreneur dans l’âme me soutenait à 100%. On se complétait totalement. Il m’a aidé à comprendre la mentalité marocaine. Travailler en famille n’est pas difficile quand on a beaucoup d’amour et de respect les uns envers les autres. C’est la base ! L’autre secret, c’est de ne pas se court-circuiter. Chacun doit maitriser son domaine et ainsi, on s’apporte mutuellement.

Il ne faut jamais rien regretter. 

QUELS SONT LES OBSTACLES QUE VOUS AVEZ RENCONTRÉ DURANT VOTRE PARCOURS, NOTAMMENT AU DEBUT DE VOTRE CARRIERE EN TANT QUE FEMME DANS UN MILIEU SI MASCULIN ?

Quand j’ai commencé, j’étais la plus jeune de l’équipe. On me regardait surtout comme « la fille à son père », j’ai du m’imposer ! Les marocains ont été adorables avec moi et m’ont accepté dès le début. Quant aux chefs de service (français pour la plupart) – c’était une toute autre histoire. Ils n’ont pas du tout été tendres avec moi. J’avais systématiquement droit à l’examen de passage, même à l’étranger…mais cela m’a forgé.

 
Elisabeth Bauchet Es Saadi 

BUSINESS WOMAN ACCOMPLIE, MÈRE (ET GRAND-MÈRE), ÉPOUSE…COMMENT RÉUSSISSEZ-VOUS À CONJUGUER VIE PROFESSIONNELLE ET PERSONNELLE DEPUIS TOUTES CES ANNÉES ?

Ici, on vit dans une maison de verre, l’intimité n’existe pas vraiment. Il faut juste essayer d’être la plus irréprochable possible. Nul ne peut être parfait, mais je crois beaucoup en la valeur de l’exemple, ça se reflète sur le personnel et l’entourage. Je vais vous raconter une anecdote, un jour une amie m’a dit quelque chose qui m’a marquée à tout jamais : « Ton fils a besoin d’une mère à l’écoute, bien dans sa tête. Il comprendra que tu ne pourras pas toujours être là – mais il saura que tu seras toujours présente quand il en aura besoin. » Ces mots m’ont soulagée. Je me sentais moins frustrée, moins coupable et j’en étais une meilleure mère et une meilleure épouse. L’autre chose très importante, c’est d’apprendre à déconnecter. Il est important de prendre des vacances pour recharger ses batteries et repartir sur de bonnes bases.

J’ai la chance d’être anormalement normale

DANS VOTRE PARCOURS, DE QUOI ÊTES-VOUS LA PLUS FIÈRE ?

Je suis fière d’avoir continué cette saga familiale et d’en avoir fait, ce que c’est aujourd’hui. Le Es Saadi, ce n’est pas seulement un resort…c’est une deuxième famille. Je suis aussi très fière d’avoir inculqué toutes ces valeurs à mon fils – qui prendra la suite.

 

QUEL A ÉTÉ LE MOMENT LE PLUS DÉCISIF DANS VOTRE CARRIÈRE ?

Un jour, Jean Alexandre, mon fils – m’a proposé d’intégrer l’aventure familiale. Il voulait apporter sa pierre à l’édifice et je voulais qu’il ait quelque chose qu’il a créé. Avec mon mari, ma maman et lui bien-sûr, nous avons décidé de construire la partie « Palace » du Es-Saadi Resort (NB : le Es Saadi Resort est une ville dans la ville. Il englobe un casino, un hôtel 5*, une boite de nuit, un spa de 3000 m2 et dernièrement un palace et des villas…). Mon papa disait toujours « Quand on a pas tout fait, on a rien fait. »

Un projet titanesque mais qui en valait la peine. La seule condition de maman, était d’abord de rénover le casino, son bébé. Fin 1995 – début 1996, la décision est prise, les travaux sont lancés et en 2007, le palace a vu le jour. Le début d’une nouvelle histoire écrite avec mon fils (et sa femme Caroline qui a créé d’abord le Spa de l’Hôtel puis celui du Palace) et mon mari, qui a pris part à cette nouvelle aventure. C’est lui qui a supervisé toute la conception puis la réalisation du Palace Es Saadi et de ses villas. C’est aussi lui qui a soutenu notre fils quand il a eu l’idée du Theatro, aujourd’hui l’une des plus grandes boites de nuit du Maroc. Il me répétait en permanence qu’il fallait toujours avoir un coup d’avance et ne pas hésiter à mettre du budget dans l’innovation.

 

QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS AUX FEMMES QUI VEULENT BOOSTER LEUR CARRIÈRE ET S’IMPOSER ?

Suivez votre intuition et imposez-vous ! Prenez des risques, il ne faut pas avoir peur !

 

À L’ÈRE DU DIGITAL ET DES RÉSEAUX SOCIAUX, COMMENT VOYEZ-VOUS L’ÉVOLUTION DU MONDE DE L’HÔTELLERIE ET NOTAMMENT DU ES SAADI ?

Grâce à ma belle-fille, on a très vite compris, le pouvoir du digital et des réseaux sociaux. On a d’ailleurs un département digital très à l’affut. Il faut vivre avec son temps et Internet fait parti de la vie aujourd’hui. C’est une autre manière de travailler et communiquer. Cela permet de s’ouvrir encore plus au monde et aux gens. Ça ne peut être qu’un plus pour nous.

 

CLAP DE FIN, QUEL ÉTAIT VOTRE RÊVE D’ENFANT ?

J’ai eu plusieurs phases. Toute petite, je voulais devenir couturière comme ma marraine. Adolescente, j’étais très curieuse de tout, j’étais passionnée par SVP (une sorte de google d’antan). Je voulais en être la patronne. Mais quoiqu’il en soit, j’ai toujours voulu donner du plaisir aux gens – tout comme mes parents. Ce n’est pas pour rien que je suis dans l’hôtellerie !

 

Elisabeth Bouhlal décorée par le roi

Élisabeth Bauchet-Bouhlal ici, décorée par le roi Mohammed VI.

 

Cette interview d’Élisabeth Bauchet-Bouhlal vous a plu ? Inspiré ? Que retenez-vous ?

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