LADYBOSS – Violette

Par Beautylicieuse | le 19 juillet 2018

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Lorsque que j’ai publié le premier numéro de LadyBoss avec Caroline du Pin de Saint André, je savais que ça vous plairait. Mais je vous avoue, que je ne pensais pas qu’il y aurait un tel engouement autour de cette rubrique. Depuis la diffusion, chaque semaine je reçois plus d’une dizaine de messages privés et mails pour me demander, qui sera la prochaine. On y est ! Pour ce second opus, je me suis intéressée à Violette, la nouvelle et très dynamique Directrice de la Beauté chez Estée Lauder.

La première fois que je l’ai rencontrée, c’était il y a quelques mois lors de la sortie de sa collection Poppy Sauvage. J’ai tout de suite aimé la femme : humble, dynamique mais surtout passionnée. Très passionnée…Maquilleuse autodidacte, Violette a un parcours aussi atypique, qu’impressionnant. Comme dirait l’autre, quand on veut…on peut. Elle en est la preuve !


VIOLETTE, POURRAIS-TU NOUS PARLER TON PARCOURS PROFESSIONNEL ?

Je viens d’un milieu artistique et très mode, et je n’avais aucune connaissance du monde de la beauté et des cosmétiques. J’ai étudié l’art dès l’âge de 3 ans, et la mode par la suite. Puis un jour, par le pur des hasards, j’ai maquillé une de mes amies, rajouté des paillettes sur son visage et je me suis dit « Waouh, c’est comme habiller et peindre, mais sur un visage. Je pourrai en faire un métier ». Et c’est comme cela que j’ai commencé – comme une sorte d’artiste hybride bizarre.

J’ai décidé de m’installer à New York afin de sortir de ma zone de confort, et pouvoir exercer en tant que maquilleuse professionnelle sans formation de base. Je ne voulais surtout pas me former de manière classique et assister à des cours de maquillage professionnel, cela m’aurait fait perdre tout intérêt pour ce métier. Je voulais faire du maquillage en fonction de mes découvertes. Voilà pourquoi je suis partie pour New York. J’ai frappé à toutes les portes des agences de mannequins et à chaque fois, c’était le même rituel « Salut, je suis maquilleuse et je vous propose mes services gratuitement« , avec mon accent totalement français. Et c’est comme ça que j’ai réussi à rentrer dans ce milieu. Petit à petit, j’ai commencé à construire mon book et surtout à travailler d’arrache-pied.

A un moment donné, je devais rentrer en France. Et sur place, j’ai fait la rencontre d’un agent qui trouvait mon travail interessant et différent. Il était choqué par le fait que « cette fille n’a jamais été l’assistante de personne, n’a jamais suivi une formation en maquillage » – « et elle fait du maquillage artistique qui, en quelque sorte, ne transforme pas la fille. » Il a accepté d’être mon agent et me représenter. L’un de mes premiers clients fut le Vogue US. C’était pour un tout petit contrat, mais je me suis tout de même dit « Ok. C’est certainement bon signe. » Par la suite, j’ai rencontré Carine Roitfeld de Vogue Paris, qui a beaucoup cru en moi et m’a donnée ma chance.


DEPUIS QUELQUES MOIS, TU ES LA NOUVELLE GLOBAL BEAUTY DIRECTOR ESTEE LAUDER, COMMENT AS-TU ÉTÉ APPROCHÉE PAR LA MARQUE ET QU’AS TU ENVIE D’INSUFFLER À LA MAISON ?

Je connaissais le directeur artistique de la marque, Matthew Parr, grâce à des projets antérieurs, et il m’a envoyé un mail dans lequel il demandait à me rencontrer. Je suis l’une de ses fans, donc j’étais vraiment heureuse de le rencontrer. Même si, à ce moment-là, je recevais aussi quelques offres par ci, par là. J’étais à une période de ma vie où je voulais fonder une famille et me focus sur ma vie personnelle. J’étais au sommet de ma carrière mais je déclinais de multiples offres à l’étranger pour pouvoir rester aux Etats-Unis.

Mais bon…l’univers en décide autrement parfois. Il me mettait au défi quotidiennement en me soufflant « Est-ce que tu t’engages vraiment à respecter cela ? » Donc, quand j’ai rencontré Matthew, j’étais tellement dans cet état d’esprit que je ne m’imaginais pas une seule seconde que notre rencontre serait pour parler travail. Du coup, j’y suis allée un peu comme une touriste, sans pression ! Sur place, Matthew m’a dit ce que la marque attendait de moi, et tout à coup, cela m’a semblée si logique que je ne pouvais pas refuser.

Le timing était parfait – notamment avec le climat politique actuelle où tant de femmes ressentent cette régression incroyable. Et puis, cela me tenait à coeur de travailler pour une marque créée par une femme comme Estée Lauder, qui a elle-même créé sa marque à une époque où il était quasi impossible pour une femme de réaliser quelque chose comme cela. Et dire aujourd’hui, il s’agit de l’une des plus grandes entreprises dans le monde. C’était un tel honneur pour moi, tellement symbolique et précieux. Je n’y ai même pas réfléchi, j’ai juste pensé que c’était le bon moment !  

Je veux apporter ma touche. Nous ramenons à la vie le pouvoir féminin – des femmes qui se soucient d’autres femmes, des femmes qui se célèbrent elles-mêmes. Nous apportons de ce fait du va-va-voom, du fun, de l’éducation. Comment créer des looks faciles, super simples …mais pas que ! Il s’agit avant tout de célébrer et rendre hommage aux femmes.


TU VIENS DE CREER TA PREMIERE COLLECTION POUR ESTEE LAUDER ? PEUX-TU NOUS EN DIRE PLUS ?

La collection Poppy Sauvage de Estée Lauder par Violette est mon bébé ! Elle n’est plus si nouvelle – j’ai été agréablement surprise par le succès immédiat de la collection. Le soutien que nous avons reçu était juste incroyable. Je ne m’attendais pas à autant d’amour, et je pense que les gens ont vraiment compris l’ambiance Poppy, parce qu’ils continuent de m’envoyer des photos d’eux, dans des champs au Sud de la France, en train de pique-niquer !

Ce travail était beaucoup plus qu’une collection de maquillage. C’est une histoire que nous racontons aux gens, et ils ont réussi à se l’approprier. C’est le plus beau des cadeaux ! Et je suis tellement heureuse d’avoir enfin réussi à créer le rouge à lèvres rouge de mes rêves avec cette collection.



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COMMENT REUSSIS-TU À CONCILIER VIE PRO ET PERSO ?

Je dois constamment m’imposer des limites, parce que je suis très active et passionnée aussi. Si un projet me tient à cœur ou me stimule, je vais immédiatement l’accepter – ce qui passe en ce moment d’ailleurs. Je travaille sur plusieurs projets à la fois. Je ne fais pas uniquement du maquillage, je travaille également sur des projets de mode ou de décoration d’intérieur, donc il y a beaucoup de choses qui se passent en ce moment.

Toutefois, je refuse de travailler le week-end. Les week end m’appartiennent et je décline désormais toujours les offres qui se présentent, pour consacrer ce temps à mon petit ami, afin que nous passions des moments privilégiés ensemble. J’essaye d’avoir une vie équilibrée donc je me réveille aussi très tôt chaque matin pour ma séance de yoga de 10 minutes et un peu de jardinage, c’est une sorte de thérapie pour moi. Et la nuit, même s’il se fait très tard, je nous fais un petit dîner.

Récemment, j’ai commencé à décliner de très belles offres qui me demandent de voyager très souvent. C’est un gros sacrifice, surtout lorsque vous vous construisez une carrière, et que ce sont des offres comme celles-ci qui vous ont toujours fait rêver. Toutefois, à un moment donné, vous ne pouvez pas tout faire, et comme dit l’adage :« Il vaut mieux se couper la main que le bras. » Je préfère donc refuser certaines opportunités que de sacrifier ma vie personnelle. 

 

QUE ME REPONDS-TU QUAND JE TE DIS ÊTRE UNE FEMME DANS UN MONDE D’HOMMES ? 

Je ne pense pas vraiment que ce soit un monde d’hommes. Je pense que les hommes sont sans aucun doute privilégiés dans cette vie, mais nous ne devons pas croire qu’il s’agisse d’un monde d’hommes. Il s’agit de notre monde, à tous. En tant que femmes, nous devons juste nous battre pour être traitées au même pied d’égalité. Je pense qu’en France, nous sommes plus chanceuses que les autres cultures, parce que les Françaises sont des femmes assez puissantes.

Maintenant, il faudrait juste que ce soit la norme pour des choses concrètes comme les salaires, les opportunités de travail et la manière dont les gens vous traitent au travail, et j’ai l’impression que cette ère arrive. Tant de femmes se font désormais entendre et c’est juste incroyable. J’ai l’impression que nous sommes en Mais 68 – et je suis heureuse d’apporter ma pierre à l’édifice en essayant d’insuffler du pouvoir aux femmes à travers la beauté.

 

QUE DIRAIS-TU AUX FEMMES QUI VEULENT SE LANCER ?

Le premier serait d’être vraiment concentrée et précise sur ce que vous voulez réellement, mais, en même temps, soyez flexibles. Je crois en la puissance de l’univers, et parfois, ce que vous pensez vouloir, n’est pas forcément ce qui vous conviendra. Soyez ouvertes sur le monde, et capables de changer et vous adapter à celui-ci.

Le second conseil est de travailler très dur. Il n’y a pas de secret ou de formule magique. Ça peut devenir agaçant, mais j’ai des amis qui me trouvent folle et qui pensent que je travaille trop. Ça m’agace, parce que je me demande souvent s’ils diraient cela à un homme ? Est-ce que vous considéreriez un homme comme fou parce qu’il travaille trop ? Bien sûr que non ! Pourquoi donc suis-je folle si je travaille dur pour réaliser mes rêves professionnelles ? Mes rêves ne sont pas uniquement centrés sur ma vie personnelle. Comme disait Estée Lauder « Je n’ai jamais rêvé de succès, j’ai travaillé pour cela ».

Ne rêvez pas seulement de succès, rendez cela possible

Pour terminer, il est très important d’avoir foi en vous mais en même temps, soyez humbles. Certaines personnes deviennent trop agressives. Soyez super motivées, mais humbles. J’ai commencé au plus bas de l’échelle, afin de connaître chaque étape et niveau de l’entreprise. Dans notre génération, je vois des gens qui ne sont pas prêts à se salir les mains au travail, ou travailler très dur. Ce n’est pas ainsi qu’on y arrive ! J’ai travaillé dur – et ce, gratuitement à mes débuts –  et vous savez quoi ? J’ai reçu la meilleure des éducations !



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DANS TON PARCOURS, DE QUOI ES-TU LA PLUS FIERE ??

Ce qui fait ma fierté, c’est d’avoir réussi à me faire une place dans cette industrie avec ma façon atypique de travailler. La plupart du temps, les maquilleurs exécutent juste des ordres. Vous venez sur le plateau, et on vous dit : « Voici ce que tu auras à faire aujourd’hui. » Ce n’est pas moi, ça ! J’ai décidé de faire ce métier en tant que créatrice de mes propres œuvres.

Et, Carine Roitfeld m’a encouragée à travailler ainsi, parce que c’est ma personnalité. C’est comme cela que j’excelle dans mon travail. Un magazine ne me contacte jamais pour me dire ce que je dois faire. Je fais mon propre moodboard, je travaille avec le photographe, la mode, je choisis les modèles. Je serai éternellement reconnaissante pour toute cette confiance et cette liberté de faire de ma passion, mon métier ! 


QUELLES SONT LES FEMMES QUE TU ADMIRES ?

Sans aucune hésitation, Estée Lauder, bien évidemment ! Je pense l’avoir d’ailleurs dit, des tas de fois. Toutefois, j’admire également les femmes qui sont moins privilégiées que nous. Celles qui, même étant dans des toutes petites villes, et n’ayant pas la possibilité d’avoir un boulot parce qu’elles ont 5 enfants – réussissent toujours à rêver. Et peut-être n’arriveront elles pas à réaliser ces rêves, parce qu’elles doivent prendre soin de leur famille. Je tiens à ce que nous célébrions toutes ces femmes fortes et que nous ne les oublions pas. Je pense à elles, et leur envoie beaucoup d’amour, où qu’elles soient. Elles font ce qu’elles peuvent, et c’est un beau sacrifice !

 

CLAP DE FIN, DIS-MOI QUEL ÉTAIT TON RÊVE D’ENFANT ??

J’en ai réalisé plusieurs !  Je voulais vivre à New York. Je voulais être libre. C’était mon obsession, être libre ! Le seul rêve que je n’ai pas encore exaucé, c’est trouver de belles chaussures à paillettes rouges, comme celles de Dorothy dans le Magicien d’Oz. Cela, et avoir une jolie famille en bonne santé.



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Crédits photos : Estée Lauder

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